Notre trek du Poonhill

Pokhara – Nayapul

C’est le grand jour, notre tout premier trek! On mesure notre chance, les Annapurnas en seront le décor. Après avoir longuement réfléchi, on décide de ne pas prendre de guide. Le trek du Poonhill est le plus prisé de la région, la saison touristique commence, on ne sera donc pas seul. Pour accéder aux Annapurnas, deux autorisations sont nécessaires, on se rend donc au bureau officiel de permis de Trek de Pokhara. Les formalités sont rapides à notre plus grande surprise, quatre photos et soixante dix dollars plus tard, on obtient nos précieux sésames. On ne regrette pas notre choix d’avoir fait les formalités seuls, nombreuses sont les agences à proposer ce service mais ça aurait vraiment été dommage de payer un intermédiaire. Le sac est fin prêt, on part frais et reposé, impatient de se lancer.

On apprend très vite qu’un trek ça se mérite, pour y accéder il faut prendre le bus local à Baglund Bus Park au nord de la ville. On choisit de s’y rendre en taxi, afin de nous éviter une heure et demie de marche supplémentaire en ce premier jour de trek. La journée commence donc sous le signe de la négociation avec le chauffeur, trois cents roupies népalaises (deux euros cinquante environ) et  nous voilà prêt à prendre le bus. Une deuxième négociation commence alors. Aucun prix n’est affiché au Népal, c’est toujours à la tête du client, et ça nous pèse un peu parfois. Le rabatteur cède avant nous, on a réussi à faire baisser le prix encore une fois, affaire conclue pour trois cents roupies à deux.

Nayapul – Ulleri

Deux heures de route en piteux état plus tard et le tour est joué, le bus nous dépose à Nayapul, ville sans grand intérêt mais lieu de passage obligé de tous les trekkeurs. Trente minutes sont nécessaires pour rejoindre Birethanti où nos permis sont vérifiés à deux reprises, cette fois c’est officiel: le trek commence.

Et il commence en montée, pour ce premier jour, l’objectif est d’atteindre Ulleri, à neuf kilomètres de là. Neuf kilomètres seulement mais mille mètres de dénivelé quand même, on comprend vite que les mollets vont chauffer. Erreur de débutant, notre sac est un peu lourd, mais avec le recul, on a eu besoin de tout ce qu’on avait mis dedans. Après deux heures à longer une rivière sous un soleil de plomb première pause déjeuner bien méritée à Sudame. Une belle portion de riz et les jambes reposées, on réattaque l’ascension. C’est Douce qui porte le sac depuis le début, Doudou se réserve pour les trois mille trois cents marches qui nous attendent. Le paysage est déjà magnifique, une succession  de rizières, de cascades, de jungles et de petits villages de montagne. C’est peu après le déjeuner que ces milliers de marches se présentent enfin. On fait moins les malins, c’est interminable. Difficile d’admirer le paysage, on ne peut pas quitter des yeux les escaliers, les marches sont irrégulières, un manque de vigilance et c’est la chute assurée. On opte pour la méthode de comptage Douce, on compte les marches par trente-trois, un centième de monter à chaque cycle. Et on fait des pauses tous les six ou sept “trente-trois”. C’est plutôt efficace, on focalise notre attention sur autre chose que les cuisses qui brûlent.

Il est possible de s’arrêter au village de Tikhe Dhunga avant Ulleri mais on préfère avancer le plus possible pour s’éviter une flopée de marches supplémentaires le deuxième jour. Après environ deux heures de montée, on arrive en sueur à Ulleri. On choisit de suivre un groupe avec un guide qui se dirige vers la Mira Guesthouse & restaurant. Pour 300 rps on a une chambre avec salle de bain privée. La vue est splendide. On y mange bien mais il faut être patient tous les groupes avec guides sont servis avant nous. En attendant on discute avec les trekers et les guides, en sirotant une bière devant le couché de soleil.

Ulleri – Ghorepani

Après une bonne nuit, on prend le petit dej’ et on décolle. Direction Ghorepani, la ville du Poonhill. Les guides rencontrés la veille nous avaient dit que le plus dur était fait, aujourd’hui c’est une petite journée qui se profile. Pour autant c’est pas de tout repos. On attaque encore par une heure et demie de montée de marches. Avec l’effort de la veille ça tire, il faut trouver le courage de continuer la route. Petite break déjeuner à Nangethanti. Un fried Rice sans grand intérêt plus tard on se remet en route.

On s’enfonce un peu plus dans la forêt où les marches se font plus rares mais rythment toujours notre ascension. La chaleur est toujours forte, l’ombre des arbres et le cours d’eau ne sont jamais loin. Ils nous offrent quelques pauses fraîcheur méritées en chemin. Après une autre heure et demie, la forêt se fait moins dense, un dernier effort et la porte de Ghorepani se dessine devant nous. On y est ! C’est ici qu’on assistera au lever du soleil sur les Anapurnas depuis le Poonhill. On s’enfonce encore un peu dans ce grand village pour rejoindre le Hill Top hôtel recommandé par le Routard. On se fait plaisir, chambre avec vue et salle de bain privée pour 1 000 rps. C’est cher mais pas de regret ! On décompresse en buvant quelques coups en terrasse avec les montagnes enneigées pour programme TV. Un Dal Bhat au sommet et au dodo, demain réveil à 4 heures pour l’ascension finale !

Ghorepani – Poonhill – Tadapani

Ça pique un peu mais pas de temps à perdre, on se réveille, on s’habille chaudement, une petite barre de céréales “Trekker Fuel” avalée et on grimpe. Objectif 3 200 m. A cette heure, les muscles sont encore au repos, eux. Il faut se faire violence pour cette montée. Il faut compter 45 minutes pour arrivée au sommet, c’est pas long mais pourtant les minutes comptes doublent. Le chemin semble ne jamais se finir, ça nous rappelle le premier jour. Épuisés on y arrive enfin. Le soleil ne s’est pas encore levé mais les milliers d’étoiles qui constellent la nuit nous fait briller les yeux. On s’installe pour profiter de ce moment. L’obscurité laisse progressivement sa place à un bleu nuit qui dessine les montagnes derrière nous. Le soleil commence son ascension et les premiers rayons viennent se poser sur la chaîne des Annapurnas. La douceur des couleurs nous éveille doucement. Le spectacle est grandiose. On est ravi d’avoir fait tout ce chemin pour voir ça. L’espace se rempli de monde. On retrouve tous les visages croisés lors de nos précédents jours de trek. Encore quelques photos et le soleil baigne toute la chaîne de sa lumière. Il est déjà temps de redescendre. On file profiter d’un petit dej’ avec vue à l’hôtel avant de reprendre la route direction Tadapani.

Le chemin est un peu plus long que la veille, environ quatre heures de march,e toujours en montée. Le dénivelé est moins important mais pas simple pour autant, surtout avec l’heure et demie de marche du matin. C’est une journée qui est compliquée mentalement. On a vu ce qu’on voulait voir, on a sué pour ça et maintenant c’est retour à la case départ. Il faut continuer à marcher, deux ou trois jours, pour rentrer. L’excitation est retombée à son plus bas niveau. Les montagnes nous offrent une spectacle grandiose qu’on a du mal à savourer. Ça aurait pu être une très longue journée si nous n’avions pas croisé la route de Morgane et Antoine, deux français qui sont partis à l’aventure comme nous. On sympathise, on échange, on rigole. Ça fait du bien et le temps passe beaucoup plus vite. Les cascades jalonnent encore notre parcours. Mais la plus belle cascade c’est Doudou qui nous l’offre en voulant faire le remake de la publicité “Tahiti Douche” sous une chute d’eau. Évidemment il glisse lamentablement sur les cailloux vaseux, manquant de peu de se faire mal… bref ça a bien fait rire les copains et on reprend la route le sourire au lèvres. Les kilomètres sont vite avalés jusqu’à Ban Thanti où on s’arrête manger. Morgane et Antoine, les Ready To Travel (RTT pour les intimes)  tracent la route jusqu’à Tadapani où on les rejoint après une bonne heure de marche. Le décor est encore une fois magnifique, on se rend compte de notre chance, c’est difficile mais nous sommes privilégiés. La montagne ce n’est pas franchement notre élément, et on découvre que le temps y passe différemment. A 18 heures il fait nuit, à 19 heures il fait faim, à 20 heures tout le monde dort!

Tadapani – Sauly Bazar

On s’en doutait, la douche froide de la veille n’aura pas permis de détendre nos muscles, les courbatures sont encore là, et il fait déjà une chaleur impressionnante! C’est donc à quatre qu’on entame la descente dès 7 heures pour essayer de marcher à la fraîche le plus longtemps possible. C’est peine perdue il fait plus de 30 degrés dès 8 heures. Douce se répète que ça fait maigrir, on se réconforte comme on peut! Pause déjeuner bien méritée, on décide avec les RTT de passer une nuit de plus dans la montagne, on est finalement bien, au calme.

Arrêt donc à Syauli Bazar, à deux heures de l’arrivée, chambre sommaire mais très bon accueil, on est les seuls touristes, et l’unique bruit qu’on entend c’est la rivière qui se déchaîne de plus en plus, la pluie a du commencer plus haut dans la montagne, elle arrive d’ailleurs sur notre village , c’est le déluge, plus d’électricité, un petit dîner aux chandelles au cours du quel au refait le monde en parlant tartiflette et fondue.

Syauli Bazar – Pokhara

Le dernier jour du trek est l’occasion de tester nos ponchos , on finit la route sous des trombes d’eau et on comprend pourquoi aucune voiture ne peut accéder au village alors que nous avions lu le contraire, les éboulements sont impressionnants, ils barrent complètement le chemin. On joue aux équilibristes à certains endroits, on devient presque aussi agiles que les troupeaux de chèvres que nous croisons. , l’eau nous barre la route et nous empruntons un pont de fortune, on ne fait pas trop les malins, une fois passé seulement on se sent aussi fort qu’Indiana Jones!

C’est une fois la boucle bouclée et Nayapul, la ville de départ, atteinte que tout se complique, il pleut et il y a du brouillard, les chauffeurs de taxi et jeep nous affirment qu’il n’y a pas de bus et nous poussent à prendre leur véhicule… On ne nous l’a fait plus, on a le temps on attend donc le bus! Et il arrive! Sauf que c’est un mini bus déjà complet, dans le quel on ne tient pas debout et il est déjà surpeuplé! On négocie donc une jeep partagée avec des locaux pour limiter les frais. Nous voilà donc quatre a l’arrière, trempés, sacs sur les genoux, sur une route de montagne défoncée, sous la pluie, dans la brume, avec un chauffeur qui répond à ses textos. On ne sait plus si on doit regarder la route pour ne pas être malade, ou fermer les yeux pour ne pas voir les ravins. Le chauffeur pile sans arrêt pour éviter les vaches, les poules ou les ornières. Une heure et demie plus tard, on arrive un peu sonné mais vivant, direction l’hôtel pour une douche chaude bien méritée.

Et bien non, c’est la douche froide, au sens propre comme au figuré… On se rend compte qu’on est pas rentré seul de notre trek, Douce a cru intéressant de ramener des sangsues, maintenant on sait que ça ne fait vraiment pas mal, c’est juste absolument dégoûtant! Ça aurait pu être le coup de grâce de cette matinée mais non… A croire que la pluie, la jeep, la douche froide et les sangsues c’était petit joueur, Douce a donc décidé de faire un vol plané dans la salle de bain, un coccyx fêlé plus tard,  la journée détient la palme de la journée la plus pourrie depuis le début de notre tour du monde.

Deux jours nous sont alors nécessaires pour envisager de continuer le voyage, la Bardia notre prochaine étape est a seize  heures de bus si tout va bien, et le coccyx de Douce ne peut pas en supporter autant! On reste donc à Pokhara, on profite de nos nouveaux copains globe-trotteurs, on se retrouve pour les repas, et on reprend un maximum de force pour continuer.

 

4 commentaires

  1. Bravo !! Ca avait l’air d’etre une drole d’aventure 🙂 J’espere que Douce va mieux ! Hate de lire votre prochain article et de voir votre prochaine video sur youtube !

  2. C’est toujours super de vous suivre et de découvrir de nouveaux horizons.
    On est jamais rassasié de récit et de bons plans pour de nouvelles aventures ;-))))
    Bisous, ta coach adorée

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