Coup de coeur Jalq’a

Jour 1

Nous voilà partis pour trois jours dans les montagnes boliviennes, seuls deux petits routards leur sont attribuées dans le guide, et pourtant après quelques recherches, ça a l’air incroyable!

Un circuit de deux ou trois jours, qui débute sur le chemin des Incas puis qui s’étend sur des dizaines de kilomètres, traversant petits villages de montagnes et grands espaces inoccupés.
On opte pour trois jours et deux nuits. Depuis plusieurs pays, nous n’avons pas eu l’occasion ou l’envie parfois, de sortir des sentiers battus, là c’est l’occasion alors, on fonce.
Deux options s’offrent à nous: une agence ou partir seuls.
On pèse le pour est le contre, on farfouille à droite à gauche sur des blogs, après quelques heures, on est d’accord: on ne le fera que tous les deux.
Pour une raison financière déjà, la seule agence fiable propose un circuit de trois jours et deux nuits à 550 bolivianos par personne (plus de 70 euros!). Ce n’est bien sûr pas démesuré mais pour marcher dans la montagne… On a également lu des retours sur d’autres agences qui partent en groupe de douze! C’est trop pour nous!
Bref on décide donc de partir en autonomie.
Autonomie c’est le mot, car pendant cette longue balade, pas d’accès à l’eau, à de la nourriture ou à une échoppe!
On prépare donc notre sac: vêtements chauds, duvets en tissus, un minimum d’affaires de toilettes, neuf litres d’eau, thon en boite, pommes et barres de céréales!

Pour le logement, il est apparemment assez facile de trouver dans des auberges communautaires ou chez l’habitant! On mise là dessus, les boliviens auront forcément pitié de nous!
Après une plâtrée de pâte à la sauce tomate qu’on espère pleine d’énergie, on file se coucher de bonne heure.
Réveil six heures trente, on file à la douche, sûrement la dernière avant un petit moment (vive les lingettes de bébé!), un bon petit déjeuner et avant huit heures on prend un taxi direction Ravelo, la gare de bus un peu excentrée de Sucre.
C’est en fait l’étape la plus pénible lorsque on décide de partir sans agence. Se rendre à Chataquilla, le village de départ, par ses propres moyens. Il y a en principe, un bus par jour, qui part le matin ou quand il est plein…
Après une vingtaine de minutes de taxi et dix bolivianos, notre chauffeur de taxi nous dépose dans une joyeuse cohue. Un parking traversé par une route, quelques bus, quelques camions, des vendeurs ambulants…
Heureusement notre espagnol s’arrange de jour en jour! Premier échange premier échec, on nous propose une voiture privée pour cent-cinquante bolivianos (près de vingt euros…) Deuxième contact, et rebelotte! Bah voyons! Apparemment le bus est parti ou il n’y en a pas aujourd’hui. Les versions diffèrent et on ne sait plus trop qui croire. On finit par demander à une petite vendeuse, elle confirme: pas de bus mais des camions. On s’y attendait un peu, visiblement s’asseoir à l’arrière d’un camion c’est très courant ici, et encore plus lorsqu’il faut rejoindre les petits villages! Après deux camions, on trouve notre bonheur, il n’est pas neuf heures et le camion part dans quelques minutes. Pour dix bolivianos par personne, c’est parti! On file acheter quelques feuilles de coca, il est  d’usage d’en distribuer sur la route aux paysans rencontrés, et on veut faire les choses biens! On rajoute quelques sucettes pour les enfants que nous croiserons, Douce ne peut pas s’en empêcher.

 


Une heure et demi plus tard donc, après s’être considérablement rempli, le camion démarre enfin! On est super content de s’être levé tôt.  La notion de temps en Bolivie est très différente de la notre, mais l’histoire des dix minutes transformée en une heure et demie du camion, c’est encore rien par rapport à ce qui nous attend!
On démarre donc, et surprise un couple israélien et un couple français embarquent aussi, six « blancs » dans un camion, ça fait beaucoup rire les boliviens, assis sur leurs sacs à patates, entre deux cargaisons de quinoa.
On papote durant tout le voyage plutôt remuant, à la première bosse, on a tous nettement l’impression que le camion ne résistera pas ou qu’une des palissades va s’effondrer sur nous. Alors on parle voyage et bouffe pour faire passer le temps.
Après un peu plus d’une heure, on est arrivé à Chataquilla!


Nous qui pensions commencer tôt, il est onze heures et demi lorsque l’on attaque enfin le chemin des Incas!
On décide de marcher avec Rémi et Claire, le couple de français rencontré dans le camion, eux ne vont que jusqu’au premier village et prendront une voiture (ou autre) pour retourner sur Sucre.
Après quelques mètres seulement, on reste tous les quatre bouche bée, un incroyable panorama s’offre à nous, des montagnes colorées à perte de vue! Magique! On sait déjà qu’on a bien fait de venir.

 


Le chemin est censé descendre jusqu’au Chaunaqua, le premier village où nous avons prévu de passer la nuit, en deux heures.
On ne se presse pas, on papote, les pauses photos sont nombreuses, mais tout est tellement beau! On se rend compte que pour les deux heures c’est fichu, alors en retard pour en retard, on s’arrête pique-niquer devant les montagnes, et on mange nos boites de thon en parlant fromages français.


Arrivée à Chaunaqua à quinze heures trente, il est trop tard pour se lancer dans le sentier qui mène aux peintures rupestres, puisque deux heures de grimpette sont annoncées. On s’acquitte du « péage » tenu par un enfant… On le savait aussi, c’est une sorte d’entrée ou plutôt de sortie de ce lieu protégé. Dix bolivianos et une signature dans le très officiel registre: un cahier Miley Cirus, et on peut passer.


Village c’est un grand mot. Hameau, lieu-dit serait plus approprié! Surtout qu’il n’y a absolument personne! C’est désert! On marche sur les petits sentiers entre les maisons, pas de bruit, rien. Bah ils sont où? A part un jeune homme qui s’occupe des ânes, tout est désert.


On finit par trouver l’école, le dispensaire/infirmerie et l’église, c’est déjà ça… On entend enfin un bruit, et ouf, ce n’est ni un âne ni un mouton mais bien un humain! Et même deux! Un couple, qui nous indique l’auberge communautaire: cuisine, salle de bain, chambre, à travers les fenêtres on constate que le lieu est vraiment bien équipé! Seul problème, et de taille, il est fermé! On retourne voir le couple qui habite en fait, la maison d’à côté : ça va ouvrir bientôt!
Parfait, une heure plus tard toujours rien, on se promène dans le village, deux heures plus tard, on se permet de redemander si ça va vraiment ouvrir… Ils passent quelques coups de téléphone, et oh miracle: Véronica arrive dans quelques minutes.
Parfait! une heure plus tard, la fameuse Véronica n’est pas là, la nuit tombe, le froid aussi, on commence à perdre un peu patience, surtout Douce… Trente minutes plus tard, il fait nuit noire, ça caille carrément et toujours personne. Douce se lance à nouveau: vous êtes vraiment sur qu’elle va venir hein? « Elle a reçu une cargaison et elle habite loin, mais comme il fait nuit, peut être qu’elle ne viendra pas… »
Super, Chouette, Génial! Zen…
Finalement, sûrement devant la mine déconfite de Douce, ils trouvent une solution miracle: vous pouvez dormir à l’infirmerie: il y a des lits, des couvertures et une salle de bains! On n’en demandait pas tant mais on ne se fait pas prier. Ils nous proposent même de cuisiner chez eux! On mangera donc entre deux pieds à perfusion, avec en ligne de mire les urinoirs, notre soupe chinoise, devant Koh Lanta que Doudou a eu le bonne idée de mettre sur son téléphone. On discute un long moment avec nos sauveurs, Jerry et sa femme, l’infirmière du village.

Jour 2

Réveil matinal mais on ne veut pas s’imposer d’avantage, en plus il y a déjà du monde au dispensaire, on laisse un petit billet, un tas de sucettes pour les enfants on range tout et après avoir remercier notre infirmière, on file.
Douce a l’impression d’avoir passé une nuit au boulot, un premier pas vers le retour!


Direction Maragua! Nos hôtes nous ont dit qu’il y en avait pour deux heures de marche, le routard annonce entre quatre en cinq heures, Maps.me six… On verra bien, on a le temps de toute façon!
Après quinze minutes de marche, premier obstacle: une rivière! Il y avait une bolivienne qui marchait derrière nous, qui est passé par un autre chemin, et là elle est déjà de l’autre côté de la rivière! Comment elle a fait pour aller si vite? Mystère! On ne va pas y passer la nuit, on se déchausse et Doudou part en éclaireur, il traverse la rivière boueuse et marron toute pleine de cailloux qui glissent, de l’eau jusqu’aux genoux! Douce le suit, et c’est donc sains et saufs que la rive opposée est atteinte! Merci esprit de Mike Horn,  Sylvain Tesson et autres explorateurs! On se sent aventuriers dans l’âme, on n’est pas peu fier!

Hier ça descendait tout le long, aujourd’hui ça monte tranquillement mais sûrement… On croise des paysans à qui on offre quelques feuilles de coca, et une petite mamie qui aura le droit en plus à quelques sucettes! Elle a l’air d’ailleurs de les apprécier bien plus que les feuilles à chiquer, et nous remercie encore et encore de son sourire édenté! Le paysage est grandiose, on adore.


Mis à part deux trois montées qui tirent les mollets, c’est plutôt facile, et non sans fierté après moins de quatre heures on atteint Maragua, la ville dans le cratère!
Cratère qui n’a rien de volcanique, c’est une vaste étendue de plane, en forme de cratère, au milieu des montagnes.

Personne dans le village, mais un attroupement de voitures un peu plus loin, on repère l’auberge. Et devinez? Elle est fermée! On nous dit d’attendre, qu’elle va ouvrir. Hors de question de se faire avoir deux fois, on prend les devants, et on part à la recherche d’un certain Basilio, qui tient l’auberge Rumi Wasi. Le rassemblement de voiture est plutôt éclectique, un peu du genre rassemblement de tunning dans la montagne sur le parking d’un supermarché! Il y a pourtant pas mal de monde et de la nourriture à vendre! On s’achète quelques petits pains de maïs et on croise le fameux Basilio. On peut s’installer dans l’auberge, le ménage n’est pas encore fait et pour cent bolivionas pour deux il nous fournit un lit, une douche chaude, le dîner et le petit déjeuner! Parfait et même si ça ne l’était pas, on n’a pas vraiment le choix!
Nous voici donc installés à l’auberge Rumi Wasi pour l’après-midi et la nuit, où heureusement le Uno nous tient compagnie, parce que c’est pas les voisins qui nous embêtent!

 

Jour 3

Dernière journée de marche, la plus difficile mais on ne le sait pas encore!

Réveil matinal et après un petit déj à base de galettes de maïs frites, on se met en route. Il est huit heures et mieux vaut ne pas tarder, les gens du village nous informent que la marche devrait durer cinq heures mais le temps passe différemment pour les Boliviens, alors en avant!

Première chose à laquelle on n’avait pas franchement  pensé, être au fond d’un cratère c’est chouette, le problème c’est d’en sortir! Ça grimpe sévère, et l’altitude se fait légèrement sentir. On croise les enfants qui se rendent à l’école, eux descendent ça en courant, on se dit qu’ils doivent faire ce chemin au moins deux fois par jour, alors on arrête de se plaindre… Voir des écoliers, de trois à quinze ans, faire des kilomètres chaque jour dans la montagne, et bien ça fait toujours relativiser. On oublie parfois la chance qu’on a eu et celle qu’on a. Voilà qui remet les pieds sur terre!

Arrivés au haut, l’effort est récompensé, la vue est splendide. C’est maintenant que nos téléphones vont s’avérer indispensables, plus de chemin, et on préfère ne pas tout miser sur notre instinct. De temps en temps, une esquisse de chemin alors on le suit puis plus rien! De temps  en temps une maison, un champ, et puis plus rien! Les paysages sont tous incroyables et on se dit que la vie ici doit l’être aussi, à une condition: ne pas aimer les gens. Comment les gens font-ils pour vivre au milieu de nulle part? Mystère, surtout pour Douce… Elle sait qu’il lui faudrait moins de quelques heures pour commencer à se parler à elle-même.

On avance, on se perd, on revient en arrière, on retrouve le chemin, on se perd à nouveau, jamais longtemps heureusement… Heureusement il y a Maps.me, notre appli meilleure amie, qui finit toujours par plus ou moins nous localiser.

Au détour d’un virage, un pan de montagnes complètement nu, et surprise! Les empreintes de dinosaures! On les a trouvées! C’est tout de même assez impressionnants, on se fait vite repéré par un agriculteur (ou un guide on n’a pas compris) qui nous réclame quarante bolivianos pour continuer le chemin… Bah voyons! On lui offre de la coca et surprise, on peut passer gratuitement mais il faut toujours payer pour faire des photos… Ce n’est absolument pas une taxe ou un péage réel, alors on refuse. Bon et en vrai, les photos on les avait prises avant qu’il n’arrive… On continue donc notre chemin, et là c’est la montée de la mort! Jambes et souffles coupées, on a l’impression que ça ne s’arrêtera jamais.

Petite pause avec vue bien méritée et maintenant c’est parti pour la descente! Youpi! Il nous reste près de dix kilomètres à faire alors on ne s’éternise pas.

On passe dans des hameaux aux allures de bout du monde. Et on continue à distribuer notre coca aux paysans toujours aidants. Ils doivent avoir l’habitude des touristes égarés, ils nous font des grands signes pour nous indiquer le chemin.

Après une descente vertigineuse sans trop savoir ou nous allons atterrir, nous arrivons dans un nouveau village: trois maisons, une grange et quatre champs, une métropole quoi. Et jolie surprise, trois brebis avec leurs agneaux, nés le matin même. Une jeune bergère parle un peu espagnol et nous le confirme. On lui offre la fin de notre coca, quelques sucettes. Et on lui demande la permission de faire quelques photos. Après son accord, Douce prends quelques photos de ces adorables bébés qui ne tiennent pas encore sur leurs pattes. On entend soudain crier, une vieille dame arrive bâton à la main. On croit d’abord que c’est parce que nous sommes trop près des agneaux, alors on recule, on se fait disputer sévèrement, mais comme c’est en quecha, ça ne nous atteint pas trop… Douce continue donc, de loin, sa séance photo et c’est en évitant de justesse un coup de bâton, grâce aux cris de Doudou, que l’on comprend! La vieille dame veut de l’argent et est prête à en découdre. Les coups sont évités de justesse et sans demander notre reste on se met rapidement en route! Note à nous même: la coca et les sucettes, ça ne suffit pas toujours.

On y est presque, on rejoint enfin une route, plus que sept kilomètres sans risquer de se perdre. Douce est soulagée. On voit de loin le village de Potolo, la ligne d’arrivée. On n’est pas peu fier. ON Y EST! Et en plus, le bus pour Sucre part dans quelques minutes. Ça y est la boucle est bouclée… On est aux anges et tellement content de l’avoir fait sans guide, comme des aventuriers.

Petit bilan en chiffre

 

  • 3 jours et 2 nuits
  • 42 kilomètres parcourus (notre premier marathon)
  • Altitude maximum: 3650 mètres
  • Taille de pantalon perdue: au moins une (c’est ce que Douce espère)
  • 180 photos
  • Budget total (comprenant le transport, le logement, la nourriture, les péages): 480 bolívars soit 62 euros à deux!

 

1 commentaire

  1. Vous êtes formidables….de grands aventuriers.
    Merci pour le partage de ces photos exceptionnelles .

    Ainsi que pour la description de votre périple.
    Bisous

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