Madidi, 4 jours de rêve dans la forêt amazonienne!

On quitte la Paz et quarante minutes plus tard, on atterrit à Rurrenabaque, principale ville de la région, idéale pour partir explorer la jungle amazonienne. L’aéroport nous met dans le décor, il s’agit en fait d’une piste, au milieu de la forêt.

On prend un minibus pour quelques centaines de mètres et l’on arrive dans un bâtiment sans mur, juste des moustiquaires: l’aéroport! On récupère nos sacs, et l’on file à l’hôtel. Le temps de se poser, un orage éclate, il pleut des trombes et des trombes d’eau pendant près d’une demie heure puis plus rien. Ambiance Asie en période de mousson, sous les tropiques.

La journée est consacrée à la préparation de l’expédition dans la jungle, achat de vêtements à manches longues, pile pour nos lampes de poche et application méticuleuse de répulsif sur tous nos vêtements. La ville est sans grand charme mais pas désagréable non plus. 

Jour 1

On se réveille super excités, on a vraiment hâte d’y être! Rendez vous neuf heures trente à l’agence, où l’on fait connaissance de nos compagnons d’aventures: trois anglais et un couple d’allemand que l’on avait déjà rencontré à La Paz. Tout le monde est prêt, on enfile nos bottes de pluie et notre guide arrive et se présente: c’est Choko! On embarque sur l’embarcation de Madidi pour deux heures et demi sur le fleuve Béni, direction Serere et son écolodge.

Après une longue balade sur le fleuve, on arrive donc à l’entrée de la réserve, il fait près de 40 degrés, et le taux d’humidité frôle les 100%. Il faut un petit temps d’adaptation. Une marche de plus d’une demie heure nous attend pour accéder au « village », la plus part du temps dans la boue. On n’est pas dans la « rain Forest » pour rien!

Dès le début, on n’est pas déçu, des animaux nous attendent par milliers: les moustiques ont répondu présent. Ce sont en réalité des nuages d’insectes près à tout pour vous piquer qui nous suivent. On croise les doigts pour que nos répulsifs soient à la hauteur.

Choko nous explique les règles de base de la jungle mais surtout la règle d’or: faire le moins de bruit possible et ne pas parler si on veut avoir une chance d’apercevoir des animaux. En gros en ce début de parcours, glisser en silence dans la boue et ne pas rire trop fort quand les autres dérapent.

Première pause photos, on croise nos premiers animaux: les Brown Capuchin monkey, les capucins bruns. Et déjà on fond! Ils sont si mignons!

Après une première séance photos, on reprend notre chemin. Après seulement quelques mètres, on s’arrête, deuxième groupe de singes, tout rouges cela et nettement plus imposants: les Alouates ou singes hurleurs. Le son qu’ils émettent est impressionnant, entre une tempête de vent et un circuit de formule 1. On les entend jusqu’à cinq kilomètres de distance.

Une deuxième séance photo plus tard et on repart. On arrive dans un état de « dégoulinance » avancé, la jungle ça fait perdre des litres d’eau, devant nos lodges.  Et là, surprise, un troisième groupe de singes nous attend, des saïmiris ou singes écureuils. Des adorables boules de poils bruyantes. Si mignons, on voudrait les prendre dans nos bras. Ils sont néanmoins plutôt agités. Ils sautent partout, jettent des fruits, une si petite bête qui fait un tel raffut, c’est surprenant.

On découvre en fait un mini village, neuf lodges-chambres et la «casa grande», une maison sur plusieurs étages toute en bois où l’on se retrouve entre deux sorties et on l’on prend nos repas. On prend possession de nos chambres, elles sont immenses presque plus grande que notre ancien studio parisien et sans mur! Uniquement des moustiquaires et un sous bassement en bois. La vue est donc panoramique, de partout on ne voit que la jungle. Trop occupés à tenter de retrouver une température corporelle normale, on a oublié de prendre des photos de l’extérieur pour vous partager le décor!

Ici, personne ne vit à l’année, plusieurs communautés s’occupent et se partagent l’entretien de Serere. Chaque mois, le lieu change de propriétaire. Une façon de conserver leur mode de vie tout en gagnant de l’argent. Profiter du tourisme sans perdre ses traditions millénaires, une bonne alternative à notre avis. Jamais plus de vingt touristes à la fois dans ce petit coin de paradis sans électricité. Seul un groupe électrogène permet de faire fonctionner le frigo (une bière pas fraîche sous 40 degrés, ce serait une hérésie).

Après une courte sieste, on retrouve notre groupe (Jack, Jack et Matt) et Choko notre guide. On sera donc cinq à partir pour ce premier tour en forêt. Marcher sans parler et essayer de repérer quelques choses qui bougent dans l’enfer vert. Honnêtement sans guide expérimenté, chercher une aiguille dans une botte de foin c’est un jeu d’enfant à côté. On entend des bruits, mais entre les branches qui tombent, les arbres qui tombent, les fruits qui s’écrasent, difficile de repérer la provenance des sons et encore plus de les identifier.

Après un quart d’heure, on entend clairement des bruits d’animaux, tout le monde se regarde avec un sourire, mais qu’est ce que c’est? Singes, oiseaux, autres? Impossible à dire, il faut dire que c’est moins reconnaissable qu’un miaulement ce genre de chose. Ce sont finalement des singes araignée! Drôle de singe que ceux-là! Ils se déplacent en étant suspendus aux arbres, en s’aidant de leur queue de près d’un mètre.

Ils vivent très haut des les arbres et les prendre en photos n’est pas chose facile! En plus au fur et à mesure des heures qui passent, l’appareil de Douce a l’air de moyennement supporter l’humidité ambiante. On croise les doigts pour qu’il ne succombe pas mais le rendu des photos est de pire en pire…

On croisera ensuite les mêmes espèces de singe que le matin, et on ne s’en lasse pas. On passe aussi pas mal de temps les yeux rivés sur la végétation et les insectes de la forets. On croise notamment des millier fourmis coupe-feuilles qui comme leur nom l’indique promène des bouts de feuille partout dans la forêt. On peut aussi observer des palmiers marcheurs, dont les racines qui sortent de terre leur permettent de se déplacer de quelques centimètres au court de sa vie.   

Retour à la loge principale à la nuit tombée, et après un bon dîner, c’est reparti pour un tour. La jungle by night! Ça fait carrément plus peur, les bruits qui nous entourent sont en plus d’être inconnus parfois assourdissants. Douce a les chocottes, Doudou adore. On arpente la jungle pendant plus d’une heure, lampe torche à la main, sans rien croiser. Seul deux gros poulets sauvages endormis. La loi de la jungle, on n’est pas gagnant à tous les coups! On rentre se coucher épuisés, bercés par les sons de la forêt, on ne demande pas notre reste et ce ne sont pas les lézards et la grosse grenouille qui partage notre chambre qui vont nous empêcher de dormir.

Jour 2

Réveil six heures, la jungle se réveille avec le soleil! Les singes hurleurs sont réveillés et le font savoir, on se demande au début si c’est le vent ou la pluie (ou le train?) qui peuvent provoquer un tel boucan avant de se rappeler de nos petits singes rouges.

On file au petit dej et alors qu’on s’apprête à partir pour une nouvelle marche, on fait la connaissance d’un tapir. Drôle d’animal, un peu comme si un éléphant nain avait fauté avec un phacochère. Il est sauvage ou presque. Il a été recueilli il y a plus de quatre par la communauté avec son frère. Deux petits tapirs orphelins nourris par l’homme et réintroduits. Le deuxième ne vient plus depuis plusieurs mois et celui continue à venir autour du camp plusieurs fois par semaine, mais de moins en moins, car il n’est plus nourri. Tous ici espère qu’il pourra oublier les hommes et repartir à la vie sauvage.

Il y a aussi un perroquet qui lui vit à l’année au village. Secouru alors qu’il était destiné à devenir un animal de compagnie. Un splendide ara bleu, à qui des braconniers ont coupé les ailes pour qui ne puissent plus voler. Il a l’air heureux ici et on nous explique qu’ils ont bon espoir qu’ils puissent se ré-envoler un jour. On reste septique, mais pourquoi pas…

C’est donc reparti pour un tour, on est moins chanceux cette fois ci, seulement quelques singes. Au retour cependant, notre guide entend un groupe d’aras piailler! Nous on pensait que c’était des singes, guide de jungle ça ne s’improvise pas! On finit par les repérer, ils sont cinq facilement localisables grâce à leur magnifique plumage bleu et jaune.

On avance un moment dans la foret avant de rejoindre un petit lac d’où l’on part pour un petit tour de barque.

On croise notre premier caïman! Ouuuh! C’est pas le moment de chavirer! Puis on rencontre le Serere, oiseau à crête emblématique de la région. On vous partage notre seule photo exploitable de la bête. Entre l’appareil photo humide et l’oiseau qui gigote, on n’a pas pu faire mieux!

L’endroit est bucolique et le passage des oiseaux se multiplient.

Retour au camp, on rêve tous d’une douche fraîche mais avant c’est l’heure de déjeuner. On se dirige vers notre lodge, et là c’est le drame. En rentrant, Douce repère un rat qui a élu domicile sur la poutre au dessus de notre lit. Panique et larmes, comment il est rentré? Va-t-il partir? Même s’il sort, il va revenir? Doudou gère et protège Douce du monstre. Tant pis pour la douche, pas question de rentrer dans la chambre avec un rongeur dans les parages. Choko vient aider Doudou à déloger l’énorme rat mais il lui explique que c’est un animal nocturne et qu’il risque de revenir… Vous pensez bien que Douce n’est pas au courant de la fin de la conversation.

Cet après-midi, c’est pêche aux piranhas! Douce se montre particulièrement douée, Doudou n’est pas en reste. Nos trois anglais se révèlent de piètres pêcheurs! Si on dîne ce soir c’est grâce à nous! Et à notre guide aussi!

Une fois le stock de viande qui nous servait d’appâts épuisé, il est temps de rentrer. Rame en main notre guide garde les yeux rivés sur les arbres. On sait ce qu’il cherche et on cherche avec lui. A mi chemin, il nous demande d’arrêter de ramer, il a vu quelque chose. On recule un peu:

  • « Il est là, regardez! »
  • « Hein? Où ça? »
  • « Attendez on va se mettre juste en face. Regardez là »

Et effectivement notre premier paresseux se tient en boule dans son arbre!! Il est loin et on ne le voit que très partiellement mais ça fait tellement plaisir de voir cet animal emblématique. En gros un paresseux dans un arbre c’est une branche immobile, même couleur, même tout, facile à repérer dans une jungle… Sans Choko, on aurait pu passer devant quinze fois sans l’apercevoir. Séance photo et on repart.

Retour à la nuit tombée, on profite d’un couché de soleil incroyable, presque aussi beau que ceux qu’on a pu voir au Laos sur les 4000 îles.

En débarquant, on croise une habituée des lieux. Sur la berge elle s’est installée dans un arbre et profite de la fraîcheur de la nuit.

Après un bon repas, où on a laissé les autres manger nos poissons, nous on aime pas trop ça, on remonte sur notre bateau pour aller observer les étoiles. Pas peu fiers d’étaler nos connaissances acquises récemment au Chili après notre soirée avec un astrophysicien… On arrive à repérer quelques constellations, une grande première!

On aperçoit aussi quelques yeux brillants dans la nuit: les yeux jaunes du crocodile. Impressionnant! Mais le plus incroyable, c’est le bruit de la jungle en pleine nuit. Il vaut à lui seul le déplacement. Entre le fascinant et le terrifiant.

Après en avoir pris plein les yeux, retour aux lodges. Sur le chemin, Matt repère quelque chose qui bouge dans les herbes. On éclaire avec nos torches et on découvre un fourmilier géant! Incroyable!! On s’arrête de longues minutes pour l’observer en essayant de ne pas l’éblouir avec nos lumières. Il n’a pas l’air farouche, du moins on l’intéresse bien moins que son dîner: une fourmilière géante qu’il est en train de dévorer! Miam miam! La nuit se faisant impossible de prendre une photo, quel dommage. 

Jour 3

Nouveau réveil au chant des singes hurleurs, décidément ils sont sacrément matinaux! Après un bon petit dej aux pancakes on remonte sur le bateau, direction la plantation. Nous l’apprenons, le « village » dans le quel nous sommes est autonome en fruit, on va donc découvrir le verger de la jungle: bananiers, manguiers, papayers, pamplemoussier et plans d’ananas, le paradis du fruit! Visiblement les animaux en sont très satisfaits, un groupe de coatis se fait un festin de pamplemousse.

Heureusement, il en reste pour nous, ici pas de verre, on boit au fruit! Le jus a même le pamplemousse, un régal!

On ressort de cet éden comme des enfants de cinq ans, la figure toute collante de sucre et les bottes pleines de boues, un grand sourire aux lèvres. En accostant à la « casa grande » on repère un nouveau caïman, c’est pas le moment de tomber à l’eau…

 Ce midi, deux de nos compagnons de jungle anglais nous quittent et doivent aller faire leur bagage.

Cet après-midi, Choko nous a préparé un programme aux petits oignions, une immense balade de quatre heures dans la jungle. On se tartine de répulsifs anti-moustiques, on remplit les bouteilles d’eau et en route! Première rencontre un nouveau paresseux! Cette fois-ci on le voit bien et visiblement il aussi curieux que nous. Assis en haut de son arbre, on se demande qui regarde qui. 

On poursuit notre route, et on rencontre nos amis les singes hurleurs. Et la c’est un peu comme à chaque fois: Mais où est Charlie?

  • « Tu vois la branche là? Bah il est pas là, il est derrière à gauche! Tu vois pas? Bon regarde le plus haut arbre, descends à droite, recule de deux branches, aaaah tu vois!! » 

La balade est longue, mais splendide, seules les attaques répétées de moustiques entachent notre moral d’aventuriers. On se régale de beauté de la jungle et des bizarreries végétales qui s’y trouvent.

Choko entend des bruits, des cochons sauvages! On se planque, on les attend sans bruit un long moment, mais ils ont dû nous sentir et ont changé leur direction tant pis un groupe de coaties nous passe sous le nez au même moment! A la tombée de la nuit, on reprend la pirogue pour le camp, et on entend un cri d’animal qu’on avait encore jamais étendu! Un jaguar! Bon on ne l’a pas vu mais l’entendre c’est déjà ça! Le coucher de soleil depuis le lac est incroyable, on fait le plein de photos, et tout le monde au lit, la jungle, ça épuise!

Jour 4

Pendant la nuit, Douce entend des « crcrcrcrcrcr » au dessus de sa tête. Le cauchemardesque rat a décidé de passer la nuit au dessus de notre tête! Un supplice! Il est une heure du matin et Douce passera le reste de la nuit à surveiller le moindre mouvement, à guetter le moindre bruit… (ndlr: en rédigeant cet article, Douce a encore des frissons)

Après cette nuit blanche, on est plutôt soulagé que Choko propose une activité manuelle. Partir dans la jungle, Douce ne s’en sentait pas la force. C’est donc atelier bijoux, fabrication de bagues en noix fraîchement ramassées. On est sceptique mais le résultat est plutôt pas mal! Douce en profite pour en fabriquer une pour sa maman! C’est bientôt la fête des mères et ça change du collier de nouilles!

Après un dernier repas, c’est l’heure de quitter notre paradis vert, dernière photo et on retraverse la jungle, on se refait bouffer par les moustiques et notre bateau nous attend. Il nous faudra près de trois heures pour rejoindre Rurrenabaque. On passe une nuit dans la ville et on reprend l’avion direction La Paz.

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