Potosí et pause Sucre

Potosí

Après un rapide passage dans la drôle de ville fantôme d’Uyuni, on prend notre premier bus bolivien pour Potosí !

La ville de l’argent! A plus de quatre mille mètres d’altitude, c’est la ville de plus de cent mille habitants la plus haute du monde. Potosí était le plus grande et la plus riche ville du monde au milieu du seizième siècle! Et pour cause, des mines d’argent ont été exploitées par des conquistadors espagnols pendant des centaines d’années.

Les espagnols s’enrichissaient, les « indigènes » travaillaient. L’histoire de la ville est basée sur ce fondement. Les mines ont été surexploitées pour des espagnols toujours plus gourmands. Aujourd’hui encore, les mines continuent à faire vivre près de cinq milles familles. L’agent n’est plus mais le zinc et le cuivre sont extraits par des miniers dont les conditions de travail sont déplorables et presque inhumaines. Les mines se visitent, des agences vendent des tours pour aller voir à quels points leur vie est difficile… On a donc passé notre tour, le zoo humain très peu pour nous. Et le peu de photos que l’on a vue nous ont un peu rebutées. De plus, des enfants y travaillent… Alors pas questions d’encourager ce tourisme noir et trash (ce n’est bien sûr que notre avis personnel).

La ville est pleine de charme et sa visite nous suffira amplement.

On décide de visiter le convent Santa Teresa, un lieu chargé d’histoire puisque qu’il date du XVII ème siècle. À l’époque, vingt-et-une sœurs vivaient dans ce couvent carmélite destiné aux familles espagnoles très privilégiées. Y entrer était en effet un privilège onéreux, l’équivalent de 90 000 euros en monnaie, en argent pur, œuvres d’art ou autres devaient être versés par la famille pour que leur fille cadette puisse l’intégrer. Une fille au couvent, c’était une preuve de richesse, un aveu de supériorité et un plus grand pouvoir.

Tout bénef pour les parents, légèrement moins pour les sœurs, elles y entraient à l’âge de quinze ans et aucune d’elle n’a plus jamais remis le nez dehors, elles y sont même enterrées! Depuis 1972, les six bonnes sœurs qui vivent encore dans ce couvent peuvent sortir pour voter et aller voir le médecin: Alléluia! La visite est vraiment intéressante et notre guide parle quelques mots de français. C’est aussi notre première découverte de l’art de l’école potosina, et c’est plutôt une jolie surprise. Nous n’avons pas pu prendre de photos de l’intérieur du couvent, alors on vous partage nos quelques photos extérieures.

Une petite pause pour un almuerzo et on repart, on flâne dans cette ville accueillante et colorée. Mais pas trop vite, à 4000 mètres d’altitude, une simple montée a vite fait de vous scotcher. On rentre un peu au hasard dans de jolies églises, on se perd dans des rues pleines d’écoliers et il est déjà l’heure de rentrer, dès que le soleil tombe, il fait vraiment froid.

Le lendemain, nous décidons de visiter la Casa de la Moneda, une institution à Potosí. Mais avant, nous profitons du chouette petit déj de notre auberge. On réalise à quel point la Bolivie attire les touristes français, il y en a partout. On discute avec une voyeuse long court, qui nous questionne sur notre tour du monde, ou plutôt qui nous donne son avis: elle ne comprend pas, voyager comme ça, et rester un mois dans chaque pays c’est pas terrible, on n’a pas le temps de s’imprégner… Elle préfère voyager sur des périodes de deux ans, et c’est bien mieux. On la laisse parler, son avis nous importe peu mais on lui demande quand même comment elle finance de si longs voyages: le chômage! Bah bien sûr! Qu’est ce qu’on est bête! La solution pour continuer à voyager était devant nos yeux tout ce temps… On essaie de ravaler notre colère, inutile de perdre une minute de plus à l’écouter ou à lui parler…

La casa de la moneda se révèle être un magnifique bâtiment, que nous découvrons en visite guidée, et en français! On met pendant quelques minutes notre cerveau en pause de traducteur et ça fait du bien!

La maison retrace l’histoire de l’exploitation de l’argent à Potosí, de 1550 à 1951! La transformation et la fabrication de la monnaie. Pièces après pièces on découvre le travail de l’argent. C’est une visite vraiment intéressante et incontournable de cette ville. Des salles sont consacrées à l’art potosien, plus très original après nos visites précédentes, mais cette fois on peut prendre des photos! 

Voici donc une représentation de la Vierge Marie ou de la Pachamama selon l’école potosina. Avant l’arrivée des espagnols, les boliviens croyaient en effet à la Pachamama, la terre nourricière, représentée par une haute montagne, dont le sommet était éclairé par le soleil et à ses pieds, la lune. Pas facile de faire accepter à ces gens la religion catholique… Et pourtant! Avec un peu d’imagination et dans le but de conversion massive et rapide, avec quelques traits de crayons c’était réglé. On a expliqué aux boliviens, qu’en fait tous croyaient à la même chose: la montagne c’est Marie qui porte une grande robe, le soleil c’est l’auréole! Le tour est joué, on en pense ce qu’on veut, et on ne refera pas l’histoire. Toujours est-il que le résultat artistique est assez joli.

Il est déjà l’heure de partir, direction Sucre (prononcez Sucré), la capitale bolivienne. Oui oui oui! on l’a découvert en y arrivant, la Paz n’est que la capitale administrative. Sucre est la capitale officielle, attention à ne pas se tromper, question de fierté municipale.

Mais pour l’instant, on y est encore à Potosí et un chargement de poules et autres oiseaux de basse court, retarde grandement notre départ. Par dizaines les pauvres bêtes sont entassées dans des cages, elles mêmes entassées dans la soute. En mode Tetris, le chauffeur essaie de toutes les caser, et après une près d’une heure, Game Over, on peut se mettre en route. Le trajet est censé durer trois heures et nous arrivons donc naturellement après cinq heures de voyage à Sucre.

Sucre

Il fait nuit, et pas franchement chaud. On grimpe dans un taxi et on file dans l’auberge de jeunesse que Douce a réservé. Ce n’est pas une franche réussite, c’est propre et presque moderne. Mais c’est moche, sans charme et pas vraiment accueillant mais ça fera l’affaire. Après une bonne nuit on décide de ne rien faire. Journée off, pas de visite, pas de blog, juste de la lecture et du Netflix, un dimanche pluvieux en quelque sorte. On décide quand même de sortir pour le déjeuner, un petit tour du pâté de maison, on se régale d’une spécialité vénézuélienne: les Arepas , à défaut de pouvoir visiter ce pays, on en aura goûté une spécialité. Puis on file à l’auberge, c’est pas le tout, mais on a des bouquins à finir. Le lendemain, on décide quitter l’auberge après le petit déj, on ne s’y sent pas très bien, partout sur les murs des règles de vie élémentaires sont affichées, jusqu’à cinq fois par pièce (vous saviez qu’il fallait éteindre la lumière et fermer le robinet en quittant une pièce?)! 

Direction donc la Casa de Huespedes Isabella, un de nos meilleurs hôtel d’Amérique Latine pour le moment, autour d’une cour fleurie, au calme, notre chambre est grande, tout est propre et surtout, le personnel est d’une gentillesse rare. C’est donc ici que commence la pause Sucre, on s’y sent tellement bien que la visite de la ville c’est légèrement prolongée.

Il faut dire qu’elle est pleine de charme, et plutôt reposante.

On flâne dans les rues, on visite un des principaux musées de la ville, on se perd dans les étales de l’immense marché où l’on déguste des sandwichs de chorizo, un plat typique. Bien sûr tout n’est pas aussi appétissant: les gâteaux à la crème sans frigo par exemple, ça ne nous dit trop rien!

On prépare ensuite notre trek dans les villages Jalq’a, que vous pourrez découvrir dans notre prochain article.

Et de retour dans la ville, on flâne à nouveau, on repousse notre départ, on s’y sent bien… Le 1er mai, on se décide enfin à bouger, ah bah non… c’est aussi la fête du travail ici! Et prendre un bus s’avère compliqué, départ à nouveau repoussé. On se décide pour un tour guidé de la ville, histoire d’être sur de n’avoir rien loupé. Un orage éclate, il pleut des trombes d’eau, le guide essaie de continuer la visite, mais on est tous trempé et tout le monde tremble! Tant pis, on aura essayer, on retourne en vitesse se sécher à l’hôtel…

Demain matin, direction La Paz, et on a finalement décidé de s’y rendre en avion. Pour quelques euros de plus, on pouvait faire un voyage en quarante-cinq minutes, contre seize à dix-huit heures en bus. Le choix a été vite fait.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée.

*