Bombay Express

Nous n’avons que deux jours pour parcourir Bombay! Bien trop peu. On opte pour l’option touristes chinois et on prend un chauffeur, pour nous faire faire le tour de la ville durant l’après-midi. Un stop, et quelques photos et c’est reparti. Ce n’est pas la manière la plus authentique de découvrir la ville mais ça à la mérite d’être plutôt confortable.

Bombay c’est une autre Inde, on pourrait se croire à Londres, à vingt millions d’indiens près… Le centre ville est moderne, les bâtiments datent de l’époque coloniale et sont bien conservés. Cela dit c’est un peu le bazar, mais bon, sans ça on ne serait pas en Inde. Bombay ne dispose pas encore du métro! Les chantiers sont en cours et provoquent des embouteillages tant sur la route que sur les trottoirs. Une fourmilière à ciel ouvert, qui à pourtant l’air d’être mieux organisée qu’ailleurs. Premier stop de notre après-midi, et déjà une belle surprise. Ce qu’on prend pour un musée est en fait une galerie qui promeut les jeunes artistes du pays. Peintures, sculptures, photographies tout est magnifique. On a un véritable coup de cœur pour une jeune photographe qui parcourt le pays avec son appareil, le rendu est magnifique! S’il ne nous restait pas dix mois de voyage on aurait craqué! On prend sa carte, peut être que quand on aura retrouvé un appartement, on se laissera tenter par un ou deux portraits.

Deuxième stop, Indian Gate, la porte de l’Inde, construite au début des années vingt pour commémorer la visite du roi Georges V. Grande arche située dans le sud de la ville, c’est un des lieux emblématiques de la ville! Puis la promenade des anglais de Bombay, agréable promenade qui longe la mer et offre un beau panorama sur la skyline de la ville! Le nuage de pollution donne l’impression d’une ville en noir et blanc mais la vue est quand même sympa.

 

Troisième arrêt, le village de pêcheurs! En face et autour, des buildings! Le contraste est magique! Un bidonville qui sent fort le poisson au pied des gratte-ciels! Des bateaux colorés, des poules, du poisson qui sèche et tout autour le brouhaha. On a adoré et pour la première fois on regrette la visite expresse, on se serait bien posé pour admirer le travail des pêcheurs et la vue…

Nouvel arrêt, à l’université de Bombay, malheureusement elle ne se visite pas, on dirait un mélange entre l’abbaye de Westminster et le château d’Harry Potter! Douce qui vient de finir de relire l’intégralité de la série, s’y croirait presque! En face du bâtiment, immense terrain de cricket, des joueurs plus ou moins doués s’entraînent et l’on nous explique que le cricket ici c’est sacré! Le plus grand des sports!

Cinquième stop, on prend de la hauteur, l’office des jardins de la ville ne présente pas d’intérêt mais la vue qu’il offre est vraiment belle. On surplombe Bombay: la plage où l’on a pas franchement envie de poser sa serviette, les embouteillages où l’on a pas envie d’être coincé (mais notre tour viendra…). En face, un joli jardin qui se veut à la française, agréable bien entretenu, on s’y promène au calme.

Sixième stop, la maison de Gandhi! C’est ici qu’il a fondé le mouvement…. Visite intéressante mais il est dix-huit heures et le musée ferme, même pas le temps de tout voir! On sort un peu dépité, mais on se rattrapera le soir sur internet pour parfaire notre culture!

Dernier arrêt, le plus improbable, la blanchisserie de Bombay, nos photos ne lui rendent pas hommage, difficile de saisir la beauté et la vie du lieu a la nuit tombante! Dhobi Ghat, une laverie géante en plein air! Ici est lavé tout le linge de Bombay, celui des hôpitaux, des hôtels… Plus de sept cent cinquante lavoirs, où près de cinq milles personnes se relaient pour laver, à la main bien sûr, un million de pièces quotidiennement. Le linge sèche sur les toits, trié par couleur. Échanges de regards curieux avec les Dobhis Wallah, les  laveurs de pères en fils. Ils sont étonnés de voir des touristes émerveillés par ce curieux spectacle, et nous incrédules devant ce kilomètre carré des plus spectaculaire! C’est l’heure de rentrer! Ou presque… Deux heures d’embouteillage avec voiture à l’arrêt pendant de très longues minutes! Vingt millions de personnes et un métro en construction, ça coince visiblement!

Deuxième journée à Bombay, la plus belle de notre séjour en Inde! On a décidé de se rendre avec une association, Mystical Mumbai, dans le plus grand bidonville d’Asie! On est parti presque sceptique, on avait peur que cela tourne au safari humain et franchement on en avait pas envie. Encore une fois, c’était sans compter sur cet insaisissable pays! Notre guide est passionnant, il vient nous chercher à l’hôtel puis direction, la Victoria Station, l’une des plus grande gare de la ville, connue pour la fameuse scène de danse à, la fin du film Slumdog Millionaire. Chaque train qui arrive est déjà un sacré spectacle, par vagues des marées humaines envahissent la gare. On a de la chance, on prend le train en sens inverse de la foule, et on arrive à s’asseoir, un exploit parait-il!

Trente minutes plus tard, nous voilà arrivés! Le trajet nous aura permis de poser tout en un tas de questions et de boire les paroles de notre incollable guide! C’est surtout pendant la visite qu’on en apprendra le plus bien entendu.

Dharavi et son million d’habitant, une ville dans la ville. Lieu d’habitations mais aussi haut lieu de travail. Des entreprises par centaines fournissent du travail à des milliers de personnes. Tanneurs, couturiers, fondeurs, soudeurs, balayeurs, autant de métiers que l’on occupe de pères en fils, selon sa caste. Le systèmes est aboli mais les mentalités n’ont guère évolué. Ici près de la moitié de la population est composée d’intouchables…

On visite une première entreprise de recyclage de plastique, 80% du plastique de Bombay atterrit chaque jour à Dharavi ! Huit tonnes de plastique arrivent quotidiennement ici, d’abord broyé en sortes de grosses paillettes dans des machines inventées et construites sur place, il est ensuite lavé à la main, dans d’immense tonneau, avant d’être mis à sécher sur les toits des baraquements.

Les travailleurs sont pour la plus part natifs du Sud de l’Inde, majoritairement des hommes qui envoient chaque mois leur maigre salaire à leur famille. Ils sont logés directement sur leur lieu de travail. Tout bénef pour les patrons qui ont depuis longtemps quitté le bidonville pour de cossus appartements, leur entreprise est surveillée nuit et jour et personne n’arrive en retard! Les conditions de travail sont invraisemblables, aucun bâtiment ne possède d’aération, et lorsque l’on s’approche des rues de recyclage de l’aluminium, la fumée rend la marche difficile, l’air est irrespirable. Les employés rentrent chez eux pendant la mousson le plus souvent, sinon ils passent leur temps dans ces fournaises jour et nuit! L’espérance de vie d’un fondeur est de 45 ans, 24 de moins que la moyenne indienne… Un petit tour sur le toit d’une des entreprises, on mesure l’immensité du bidonville.

On comprend aussi pourquoi les entrepreneurs convoitent tant ce terrain, deux cent vingt hectares au milieu de la ville! Une vraie mine d’or! Depuis des années une lutte acharnée entre les habitants et la mairie d’un part, les entrepreneurs et investisseurs de l’autre. Tout raser pour construire des immeubles luxueux mais que faire du million de personnes qui vivent ici, et surtout et c’est ce qui sauve les habitants de Dharavi, où trier les déchets de la ville! La municipalité n’a pas de plan B et entretient donc la situation, le bidonville et les conditions de travail inhumaines des ouvriers.

Après cette visite surréaliste, c’est l’heure de découvrir les quartiers résidentiels. Difficile de passer dans les couloirs noirs et étroits qui servent de ruelles. Les baraquements sont si serrés que la lumière ne rentre pas, on se croirait en pleine nuit! Lorsque l’on débouche dans une vraie rue c’est la surprise! Des temples, un marché, des écoles, un collège, un commissariat, des salles de sport et même une piscine! Une ville, une vraie. Des immeubles que la ville a fait construire pour la réhabilitation de Dharavi. Presque partout de l’électricité! Alors certes, les maisons sont faites de briques et de brocs, mais les gens ont l’air heureux et la vie ici finalement pas plus déplorable qu’ailleurs dans le pays des inégalités.

C’est en arrivant devant le point d’eau du quartier que l’on comprend. Il n’y a pas d’eau courante et aucun système d’égout dans toute la « ville ». On compte environ un sanitaire pour mille cinq cents habitants. Les conditions d’hygiène sont catastrophiques et par conséquence les conditions sanitaires le sont tout autant. Les habitants font la queue durant des heures pour remplir leur seau d’eau ou aller aux toilettes. La notion de slum prend tout son sens.

 

Après cette nouvelle découverte pour le moins bouleversante ce sont les enfants qui nous redonnerons le sourire. On arrive dans une aire de jeu, immense avec un toboggan et une balançoire. Les enfants accourent, ils adorent voir des  »blancs » pour une raison toute simple: faire des photos! Aucun ne nous demandera ni argent ni nourriture, ici la fierté se transmet comme le reste. Ils veulent encore et encore que nous les prenions en photo. Deux par deux, en groupe, avec nous, entre « mecs », entre grands, les poses sont aussi nombreuses que les clichés. Ils éclatent de rire en se voyant sur nos écrans. Impossible de dire combien de temps on est resté avec eux, mais à la fin, ils ne voulaient plus qu’on parte, et on n’avait plus envie de les quitter. Une dernière démonstration de toupie, leur précieux jouet qu’ils tiennent à la main comme des trésors, un dernier clic, et on les quitte le cœur un peu gros.


Direction le quartier de résidences des tanneurs où l’on fabrique des sacs en cuir, fièrement estampillés Dharavi, un entrepreneurs local a arrêté les copies pour lancer sa marque 100% locale. Une super idée, malheureusement les sacs sont trop gros et on ne peut rien acheter…  Vient le tour du quartier des potiers, en effervescence, dans quelques jours, dans tout le pays sera célébré Diwali, la fête des lumières, et ici on fabrique des bougeoirs en terre cuite pour tout le pays!

Les enfants sortent de l’école, et les plus grands parlent anglais, le collège qui vient d’ouvrir est international! Et encore une fois les échanges sont riches en rires et en émotions! On apprend que 95% des enfants sont scolarisés, décidément, on va de surprises en surprises, pour nous, les enfants d’ici n’avaient pas accès à l’éducation.

C’est l’heure de quitter ce lieu hors du temps, hors de tout! Un bidonville pas comme les autres! Les gens ici sont heureux et fiers de montrer qu’ils s’en sortent. Pour eux, ils sont chanceux, c’est ceux qui vivent dans la rue qui sont à plaindre. Beaucoup ne veulent pas quitter leur vie ici, en communauté , même pour des immeubles construits en périphérie pour la réhabilitation du lieu. C’est notre dernier jour en Inde, on décolle dans quelques heures et pour la première fois, on se dit qu’on aimerait revenir, que l’on est loin d’avoir découvert ce pays aux mille visages. Autant de sourires atténuent les difficultés que nous avons dû surmonter au cours de ce mois riche en émotions. On se laissera du temps, mais nous qui avions un moment envisager de réduire le voyage indien, on est presque prêt à recommencer!

3 commentaires

  1. Waaaoooouuuuu vous allez me donner envie d’aller découvrir Bombay, 😜😜😜 magnifique article 😍😍😍 merci pour ce voyage de bon matin 😊😊😊😊
    Gros bisous 😘💕😘💕

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